XIII

JEHANNE LA PUCELLE



ehanne gardait ses moutons à Domrémy, petit village de Lorraine, quand selon la jolie légende de son histoire officielle elle entendit les voix célestes de Sainte-Catherine, Sainte-Marguerite, et Saint-Michel, lui ordonnant d'aller sauver la France et de lever le siège d'Orléans. 

Très pieuse, la jeune Jehanne obéit à ses voix. Elle alla trouver à Vaucouleurs, le sire Robert de Baudricourt, capitaine de la place et le convainquit après plusieurs tentatives (il la prit, paraît-il, longtemps pour une douce illuminée) de lui donner une escorte pour aller trouver le dauphin. Enfin, il accepte, et elle arrive en la ville de Chinon où séjournent à ce moment le dauphin et sa cour. Nul ne croyait à l'histoire de cette paysanne que personne ne connaissait, et, pour s'amuser aux dépens de la bergère, un jeune baron prit la place du dauphin sur le trône, pendant que ce dernier se mêlait à ses propres courtisans. Or, Jehanne, qui n'a jamais vu le dauphin, fendit la foule pour aller mettre un genou en terre juste devant lui, sans hésiter. Intrigué, le jeune homme accepta de l'écouter sans témoin, et ce qu'elle lui révèla alors emporta sa conviction immédiate. 

Quelle est la nature de l'information qu'elle lui délivre en grand secret ? Nul ne saura jamais mais cela doit avoir une grande importance pour la France ou pour le dauphin car ce dernier, qui se moquait d'elle quelques instants plus tôt, donne maintenant sans plus tarder les ordres qu'elle souhaitait. 

Elle fait chercher spécialement une épée gravée de cinq croix, qu'elle savait se trouver à Sainte-Catherine de Fierbois, en Touraine, et se fait confectionner une bannière par un artisan de Tours. 

Le dauphin lui confie une armée, avec des capitaines confirmés, des guerriers endurcis et sans doute un peu misogynes, qui pourtant la suivront et lui obéiront sans l'ombre d'une hésitation. Certains noms resteront célèbres : Xaintrailles, Dunois, Gilles de Rais, Chabannes, et, déjà, un La Fayette (Gilbert Matier de, maréchal de France), pour "bouter les anglois". 

Après l'échec retentissant de la "journée des harengs", attaque menée par les capitaines indisciplinés quelques jours plus tôt, le moral de la ville est bien bas. Jehanne va apporter un espoir tout neuf. Après avoir fait entrer un convoi de vivres dans la ville assiégée pour soulager la population affamée, Jehanne va donner avec succès l'assaut aux assiégeants avec la prise des Tourelles, fortification du pont sur la rive Sud du fleuve. Elle y est blessée d'une flèche à l'épaule mais remonte à l'assaut, enflammant l'enthousiasme de ses soldats. Le 8 mai 1429 au soir, l'anglois est vaincu, il se retire, il lève le siège. Orléans est libérée. 

Sur sa lancée, Jehanne va mener ses troupes "sus à l'anglais" : Jargeau, Meung-sur-Loire, Beaugency, Patay, elle vole de victoire en victoire. 
Elle revient à Loches où le dauphin se faisait construire un logis royal sur le surplomb qui domine la ville. Quand il la voit, Charles "ôte son chapeau et l'embrasse en la saluant", comme si elle faisait partie de sa famille.... 
Elle presse celui-ci d'aller se faire sacrer à Reims. Il hésite quelques temps et finit par se décider. Sous la protection d'une armée de douze mille hommes menée par Jehanne, étendard en tête, Charles VII se fait sacrer à Reims le 11 Juillet 1429. 

Le roi sacré, Jehanne reprend sa route ponctuée de victoires, jusqu'à Compiègne. Là, elle est faite prisonnière par traîtrise, par les bourguignons, alliés des anglais, et qui la leur vendent. 

Les anglais, humiliés depuis trop longtemps d'être sans cesse battus par une "pucelle", ne peuvent admettre qu'elle soit "envoyée du ciel" et l'évêque Cauchon leur complice mène son procès. Devant la résistance de Jehanne qu'ils ne parviennent pas à briser (elle ne tombe pas dans les pièges réthoriques de Cauchon), ils la chargent de l'accusation de sorcellerie et on la fera périr sur le bûcher comme hérétique et relapse (comme cela avait été fait aux templiers un siècle plus tôt), le 30 mai 1431 à Rouen. 

Encore une fois, un procès inique aura mis fin à un rêve, pas un procès militaire ou politique, ce que l'on aurait pu comprendre, mais un procès d'inquisition, où l'on aura cherché avant tout à la déshonorer (comme chaque fois que l'on veut détruire quelqu'un d'irréprochable). 
Le jeu des accusateurs n'était pas évidemment de rechercher une "vérité" quelconque à propos de Jehanne, mais bel et bien de trouver une justification à sa mort décrétée. La même église, dont un représentant en la personne de l'évêque Cauchon aura condamné Jehanne, trouvera le moyen de "réparer cette erreur" quelques années plus tard et la réhabilitera assez rapidement. Le comble de la lenteur, pour le moins, sera atteint en la canonisant "Sainte-Jeanne d'Arc" cinq siècles plus tard, quelques mois seulement après la grande guerre mondiale (en 1920) et juste à propos pour regonfler le moral des braves poilus de Verdun. Cinq siècles... 

Mais l'élan est donné, Charles VII a repris courage et les anglais, devant le ressaisissement des français, vont bientôt abandonner la partie. Cette guerre aura duré cent ans. Oh certes, pas cent ans de violence permanente ou de batailles incessantes, mais tout de même, cent ans de misère et d'insécurité, cent ans de dépendance sous le joug de soudards étrangers. 

Dans les siècles à venir, les Orléanais commémoreront, le 8 mai de chaque année, la victoire de Jehanne à Orléans . 


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