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e temps a passé, les rois "faits-néant" se sont
succédés et, à l'exception peut-être
de Dagobert, aucun n'a vraiment marqué son temps par sa
sagesse. Les batailles fratricides et les meurtres ont ravagé
les sommets du royaume... Quand l'exemple vient des maîtres,
la corruption gagne les valets. En une ou deux générations,
un laisser-aller général avait assoupi l'état.
Et ce qui est affaibli... est à prendre !...
Jusqu'au
VIIe siècle le recrutement des comtes était resté
local, mais les futurs carolingiens, ayant su se rendre indispensables
à la lignée des rois dits "faits-néant",
imposèrent un personnel issu d'Austrasie, d'Alémanie,
et Bavière. En nos pays gallo-romains, francs certes, mais
jusqu'alors bien moins francisés que l'Est, l'influence
germanique s'accentua avec ces graaves (comtes) aux pouvoirs accrus.
Ils eurent puissance immédiate sur nombre de ruraux et
religieux (octrois, domaines terriens, abbatiats laïques...).
Plus
grave encore, les quelques décennies d'assoupissement et
de laisser-aller de l'état avaient suffi pour laisser ces
comtes du sérail prendre l'habitude de recueillir pour
héritage de leurs pères les droits et charges de
ceux-ci, accompagnés des bénéfices y afférents,
nonobstant les compétences ou incompétences qui
eussent justifié ou non la transmission de ces charges.
- Il faut rappeller ici que le régime antérieur
distribuait les titres de comte ou de marquis ou autres, correspondant
aux responsabilités (charges) données à leurs
récipiendaires. Le comte par exemple était un chef
militaire, responsable de haute et basse justice dans son secteur
administratif pour tout le temps où il remplissait correctement
sa fonction. On trouve encore ce sens strict dans l'appellation
de la "Cour des Comtes" qui surveille et dénonce souvent
les abus et les détournements commis par les administrations.
Le marquisat était un titre militaire instituant le chef
des armées chargé de défendre une "marche",
c'est-à-dire une frontière, limitrophe d'un royaume
voisin hostile. Ces titres et fonctions, appellées "charges",
étaient susceptibles à tout moment de passer en
d'autres mains par autorité royale en cas de non respect
de ses obligations par le "chargé de mission". En ce cas,
la sanction pouvait être sévère, voire mortelle,
mais pour compenser les risques et obligations de ces différentes
fonctions, des "bénéfices" étaient attachés
à ces charges, qui se constituaient généralement
de territoires et/ou de droits exclusifs à des activités
commerciales, assurant ainsi les nécessités financières
et le train de vie convenant à la respectabilité
de l'homme remplissant cette "charge".- On comprend dès
lors toute la gravité d'une situation nouvelle où
ces "charges" sont dévolues d'office aux héritiers
d'un "grand", sans tenir aucun compte des capacités personnelles
des dits héritiers à assumer convenablement ces
fonctions, sachant que ces mêmes héritiers ne se
priveront pas de profiter abusivement des "bénéfices"
y attachés.
Charles
Martel, par cette sécularisation
de bénéfices accordés à ses ancêtres,
avait considérablement accru sa fortune. Il n'était
pas le seul dans ce cas, aussi nombreux étaient ceux n'approuvant
pas ce nouveau mode de succession.
Eucher, premier évêque d'Orléans à
avoir été canonisé depuis Saint-Aignan, paya
de l'exil ses protestations contre ce mode de transmission systématique
des charges accordées à un grand.
Mais le mauvais pli était pris, les "bénéfices"
attachés aux charges allaient devenir des fiefs héréditaires,
donnant ainsi naissance à ce qu'on appellera plus tard
l'époque féodale.
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Pendant
ce temps, les sarrasins musulmans, qui sont installés en
Espagne depuis quelque temps déjà, passent les Pyrénées
et commencent d'envahir la Gaule méridionale. Après
quelques succès de la résistance opposée
par le roi Eudes
d'Aquitaine à ces incursions, ce dernier est
débordé et fait une chose à éviter
quand on veut rester maître chez soi. Il appelle le roi
des Francs à son secours. C'est une soumission de la part
du royaume Wisigoth à celui de Neustrie. La France est
en passe d'émerger à l'Histoire.
C'est
Charles-Martel qui se charge du sort de Abd-al-Rahman
à Poitiers.
Charles n'est pas le roi, il n'est pas même de lignée
mérovingienne, il n'est que le maire du palais de l'époque,
mais de fait, c'est lui qui gouverne le royaume Franc.
Charles-Martel,
l'homme fort régnant sans titre, fait couronner son
fils Pépin
à l'âge de treize ans, en 754. L'ère des carolingiens
a commencé.
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Après
Pépin-le-Bref, mort en 767, Charlemagne
son fils, voulait relever le niveau des études dans ses
états et cherchait à créer un maximum d'écoles
et à former des enseignants de qualité.
Après
avoir réuni à Aix-la- Chapelle
une équipe d'érudits venant de toute l'Europe, dominée
par la grande figure d'Alcuin,
religieux d'origine britannique, Charlemagne avait proposé
à ce dernier l'abbatiat de Saint-Martin.
Charlemagne à la veille de son couronnement (800), visite
Saint-Martin -de-Tours, où il s'entretient avec son conseiller
Alcuin, alors abbé du monastère tourangeau.
L'abbaye
est alors tombée un peu en somnolence, bien que comptant
à ce moment plus de 200 moines. Le savant abbé entreprend
alors d'en relever le prestige.
Il prend en main l'école de l'abbatiale et crée
deux cours : un cours élémentaire, et un cours d'étude
des sept "arts libéraux", ainsi qu'on nomme à l'époque
la grammaire, la rhétorique, la logique, l'arithmétique,
la géométrie, la musique et l'astronomie.
De
toute l'Europe, les étudiants accourent et l'abbaye de
Saint-Martin restera pendant la première moitié
du IXe siècle, un phare culturel.
Alcuin instaure aussi le scriptorium, atelier de calligraphie
et de décoration de manuscrits. Des artistes venus de Reims
et Aix-la-Chapelle viennent enrichir la technique picturale de
l'atelier abbatial qui produira de véritables chefs-d'uvre
tels que la Bible dite d'Alcuin, celle dite de Moûtier-Grandval,
et la fameuse Bible de Charles-le-Chauve.
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Un
autre fidèle de Charlemagne est Théodulphe.
Après avoir fait partie du cercle d'érudits conseillers
à la cour d'Aix, Théodulphe obtient de Charles vers
798, l'évêché d'Orléans. Outre cette
charge importante, il est nommé abbé de Micy et
de Saint-Benoît-sur-Loire.
Théologien brillant, lettré, pétri de culture
antique, poète, il déploie dans son diocèse
une intense activité culturelle. Il fait de Saint-Benoît
un haut lieu de culture, surtout de culture classique.
Il y crée deux écoles monastiques; une pour le clergé
séculier, à l'extérieur, l'autre à
l'intérieur pour les futurs moines.
On y étudie beaucoup les documents anciens. Le scriptorium,
qui existait avant son arrivée, produit quelques remarquables
uvres.
Théodulphe
possède, près de l'abbaye, le domaine de Germigny.
Vers 806, il y fait construire une résidence somptueusement
décorée :
sols de marbre, murs peints représentant la terre et le
monde, et un oratoire orné de magnifiques mosaïques
byzantines.
Après
la mort de Charlemagne, son fils Louis-le-Pieux
visitera Saint-Benoît, et Théodulphe, tombé
en disgrâce, sera exilé (818).
Sa villa sera incendiée par les vikings, appellés
chez nous les Normands (nord-men) qui vont représenter
la prochaine vague d'envahisseurs.
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En
ce début de IXe siècle, les abbayes commercialisent
une partie de leurs productions, achètent, et revendent
avec profit. En 829, l'abbaye de Micy obtient de Louis-le-Pieux
une saline en basse-Loire sur l'Atlantique. L'éloignement
de certains domaines (l'église du Mans en avait en Bourgogne
et en Provence,) et celui des établissements étrangers
détenus dans la région (Saint-Germain-des-prés,
l'église de Reims), entraînent de lointains échanges.
Les monastères sont de véritables entreprises agricoles,
industrielles et commerciales. Certains sont passés maîtres
dans les techniques de construction.
Vers
cette époque un abbé nommé Witizza
réunit en une seule règle les ordres de Saint-Benoît
et de Saint-Colomban, l'irlandais. Sous le nom de Benoît-d'Aniane,
il sera le promoteur de la réforme monastique bénédictine
qui produira Cluny
et toutes ses abbayes affiliées.
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La
mort de Louis-le-Pieux en 840 plonge les pays de Loire dans l'insécurité.
Sa succession échoue à son fils Charles-le-Chauve,
à qui est reconnue à Verdun, en 843, toute la Francie
Occidentale, mais son neveu Pépin
II, qui lui conteste l'Aquitaine,
fait entériner sa possession au traité de Fleury
sur Loire.
Après moultes tractations et péripéties,
Charles-le-Chauve finit par imposer son fils, Charles-l'Enfant,
aux aquitains, et marie son fils aîné, Louis-le-Bègue,
à la fille d'Erispoé,
souverain de Bretagne.
Enfin, ayant paré pensait-il aux nécessités
diplomatiques, Charles-le-Chauve, petit-fils de Charlemagne, se
fait couronner en 848, à Orléans.
Il
s'ensuit une nouvelle période de disputes et de règlements
de comptes entre les grands du royaume, d'autant que certaines vieilles
branches ont pris beaucoup de poids sur la Loire, telle la
famille d'Anjou-Touraine, famille dont le représentant
est Robert-le-Fort,
comte d'Orléans.
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