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existe des lieux privilégiés où des événements
surviennent qui n'auraient pu advenir ailleurs.
Les cascades de leurs conséquences en eussent sans doute
été fort différentes si ces mêmes évènements
s'étaient produits en d'autres lieux, mais, en fonction
de l'époque, de l'état des techniques, des usages
ou des intérêts du moment, ils se sont produits en
ces endroits et pas à d'autres. Peut-être est-ce
là ce qu'on appelle la destinée ?...
Les
pistes se croisent, puis se superposent. Pendant des millénaires,
les variations de climat, les rivalités sociales ou la
friction des cultures n'y ont rien changé : les uns après
les autres, des peuples successifs ont abouti par les mêmes
chemins, aux mêmes lieux de cultes ou de domination. La
topographie et la situation stratégique de ces lieux les
prédestinaient depuis toujours à jouer leurs rôles
dans l'Histoire...
Le
cours d'un fleuve représentant un passage obligé,
la
Loire, de tous temps, a été fréquentée
par les marchands et les armées en marche. Ses rives
et ses coteaux ont été habités à
toutes époques depuis la préhistoire, et des cités
se sont constituées sur ses berges aux carrefours des
routes principales. CENABUM (Orléans)
et la future CAESARODUNUM (Tours)
étaient de celles-là lorsque CESAR
envahit la GAULE, vers 58 av. J.C.
Les
habitants d'ici se nommaient alors les "Carnutes",
et leur pays s'étendait de la Seine à la Loire,
incluant les régions de Chartres et d'Orléans. Plus
bas en aval du fleuve, les "Turones"
habitaient ce qui deviendra la Touraine.
Au sud vivaient les "Bituriges"
dont la cité royale, AVARICUM
était considérée
comme le "centre du monde celte" (v.§ Berry),
et en amont les "Arvernes"
(v.§ Auvergne)
dont le fameux "Vercingétorix"
sortit bientôt pour devenir le chef fédérateur
des nations gauloises dans leur résistance contre les armées
de César. Au nord de Tours on trouvait les Aulerques
(v.§ Maine)
et les Andes
(v.§ Anjou),
au sud, les Pictones (v.§ Poitou).
Tous
ces peuples étaient des celtes de race et de culture,
et leurs druides
vénéraient en maints endroits les représentations
dites chez nous de la "Vierge Noire", symbole universel de la
Terre-mère et de la fécondité, que d'autres
appellaient Isis ou Demeter.
Au
pays des Carnutes, Autricum,
qui deviendra Chartres, était l'un de ces lieux de culte
célèbres dans toute la Gaule antique.
Saint-Benoît-sur-Loire
(lieu encore appelé Fleury, ou plus probablement
Fleurus à cette époque) n'était pas moins
connu et une solide tradition celtique fait de ces berges ligériennes
LE SITE de l'assemblée annuelle des druides en pays carnute.
Loin
d'être des sauvages vivant dans des huttes en bois que
nos vieux manuels scolaires ont trop souvent décrits
ainsi, nos gaulois savaient, certes, quand il le fallait se
transformer en farouches guerriers, mais ils étaient
aussi des artisans accomplis dans le travail de la pierre, de
la brique, des métaux (armes ou bijoux), dans celui du
bois (charronnage, charpente, coffres, etc...), dans ceux du
bâtiment, de la batellerie, de la pêche, de la céramique,
de l'élevage, etc., et dans l'agriculture.
Leurs
druides pratiquaient
les sciences et des arts divers, allant de la médecine
des simples à l'astronomie, en passant par la musique
et les mathématiques pour les plus instruits. Si malgré
le kaleïdoscope des différents dialectes régionaux,
une langue gauloise parlée était effectivement
commune à tous, et écrite par certains,
les commerçants tenaient pour la plupart leurs comptes
en chiffres grecs.
Le
gaulois a gardé de nos jours une solide réputation
de chamailleur, sans doute confortée par une célèbre
bande dessinée, et pourtant... Sans aller jusqu'à
dire qu'elles vivaient toutes en parfaite harmonie, les diverses
nations gauloises s'entendaient suffisamment pour commercer non
seulement entre elles, mais encore avec le reste du monde connu
à cette époque, et notamment avec les iles britanniques
et la vallée du Danube aussi bien qu'avec le pourtour méditerranéen
et le Moyen-Orient, essentiellement colonies romaines dont de
nombreux comptoirs commerciaux étaient établis en
Gaule dans les villes principales.
Or,
cette région d'immenses plaines - qu'on appellera la
Beauce quelques siècles plus tard - était déjà
extrêmement fertile, et tant Cénabum que Autricum
possédaient des greniers et des réserves de céréales
et de fourrages à l'intérieur de leurs fortifications.
C'est cette richesse même qui va attirer à elles
les ennuis futurs...
Bien
que la conquête de la Gaule nous soit racontée
par César
lui-même dans ses "mémoires", essayons
de gommer le parti pris du conquérant pour tâcher
de percevoir le point de vue des conquis :
Prenant prétexte de disputes incessantes entre les nations
gauloises qui menaçaient les échanges avec les
comptoirs romains, César avait envoyé quelques
légions en Gaule pour "protéger les intérêts
de Rome". Il regroupa ses légions pour l'hiver 57-56
(av. J.C.) dans la région des Carnutes, des Andes et
des Turones. Sans aucun doute pour faciliter les approvisionnements
en blé et en fourrage.
Devant
le refus des peuples voisins de livrer ces approvisionnements,
César fit construire sur la Loire une flottille de galères
destinée à réduire le principal d'entre-eux,
le peuple Vénète, marins accomplis du Morbihan ,
sous le commandement d'un certain "Décimus
Brutus" (authentique ! pourtant, ça n'était
pas le village d'Astérix !). L'histoire ne dit pas s'il
le "décima brutalement", mais il en vint certainement à
bout puisque l'année suivante, en 56-55 av. J.C., les légions
de César passèrent l'hiver chez les Aulerques
et leurs voisins les Lexones
de Lisieux. Il semblerait qu'à cette époque déjà,
la plupart des régions gauloises aient étées
occupées par des légions romaines et qu'un début
de colonisation s'instaurait qui fut mal supporté par les
populations autochtones. Il y avait de la résistance dans
l'air... Et parmi les moins dociles figuraient nos Carnutes, mais
patience...
En
53-52 av. J.C., César s'octroya lui-même une
permission et rentra à Rome, après avoir installé
l'armée en ses quartiers d'hiver : six légions,
campées chez les Sénons,
y devaient surveiller leurs turbulents voisins... les Carnutes.
Les
chefs gaulois profitèrent de l'absence de César
pour préparer la guerre. Les Carnutes prêtèrent
un serment solennel de lutte à outrance, et jetèrent
un signal dans Cénabum (Orléans) pour massacrer
tous les citoyens romains symbolisant l'occupation étrangère.
Transmise
par des cris à travers champs, et des signaux - à
la manière des signaux de fumée des indiens -
du haut de plates-formes
et de buttes
artificielles ou tertres installés en réseaux
depuis des temps immémoriaux, la nouvelle de l'insurrection
était connue le soir même chez les Arvernes, à
plus de 250 kms de là, et Vercingétorix réunit
rapidement à ses côtés les Sénons,
les Parisii, les Pictons,
les Cadurques, les Turons,
les Aulerques, les Lénovices,
les Andes et les autres peuples
voisins de l'océan.
Le
soulèvement devint général et une véritable
guerre de libération gauloise donna lieu à une
suite de victoires pour Vercingétorix, la plus célèbre
étant celle de Gergovie. L'application systématique
de la stratégie de la terre brûlée avait
mis rapidement les légions romaines en piteux état.
Mais les bituriges (Bourges) supplièrent
le chef gaulois d'épargner leur ville et leur richesses.
Pour son plus grand malheur, il plia devant leur supplique.
Tout le sort de la campagne des Gaules allait basculer à
cause de cette généreuse mais regrettable faiblesse.
Les légions de Rome n'eurent aucun scrupule à
se jeter sur cet approvisionnement providentiel. César
revint en urgence. Les légions remotivées par
le retour de César et revigorées par leur pillage
de Bourges poursuivirent l'armée gauloise jusqu'au site
d'Alésia où elles l'encerclèrent...
César
ayant repris la direction des opérations, ce fut, malheureusement
pour les gaulois, la victoire définitive du grand stratège
et la reddition de Vercingétorix qui jeta symboliquement
ses armes aux pieds de l'empereur romain. Fait prisonnier, il
fut emmené à Rome, traîné à
la queue d'un cheval. Il faut croire que les six années passées
dans les prisons romaines ne réduisirent pas sa gloire puisque
Rome finit par faire étrangler dans sa cellule ce prisonnier
bien encombrant.
On
dit que cette guerre a vu périr un million de combattants
gaulois, qu'un autre million a été réduit
en servitude (César a donné un gaulois pour esclave
à chacun de ses légionnaires), et qu'il ne restait
des peuples de Gaule que les vieillards, les femmes et les enfants
(population estimée par certains
auteurs entre douze et treize millions d'individus)... Rome, impitoyable,
exigea d'eux un tribut de 40 millions de sesterces !
La
Gaule était entièrement soumise. C'était
en Février 52 av. J.C..
César
revint pour les représailles un mois plus tard à
Cénabum. Il la pilla et l'incendia. C'est probablement
de cette époque que date la construction de la première
enceinte fortifiée d'Orléans sur le modèle
en quadrilatère des plans de camps romains, encore décelable
aujourd'hui à l'examen du
plan de la ville.
La Gaule était
entrée dans
la PAX ROMANA...
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