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commerce anime les villes de la Loire, Orléans, Blois,
Tours, Chinon, Saumur, etc... Les routes franchissant le fleuve
par des ponts de pierre se multiplient : en 1150, il y en a dans
la vallée de Loire à Gien, Sully, Orléans,
Beaugency, Blois, Amboise, Tours, le pont de Cé, Châlonnes.
Détenteurs de vignobles suburbains, des "bourgeois" des
villes de la Loire font leur fortune avec le vin. Angers expédie
son vin d'Anjou à la cour de Henri
II Plantagenêts, roi d'Angleterre. Ce n'est pas
même de l'exportation puisque c'est le même propriétaire
!
La prépondérance angevine s'impose sur la Loire
: Anjou, Maine et Touraine sont intégrés dans le
vaste empire de la couronne d'Angleterre qui comprenait déjà
l'Aquitaine. Il faudra presque un demi-siècle pour en venir
à bout.
En
1189, le nouveau roi de France, Philippe-Auguste
envahit le comté d'Anjou, possession d'Henri-II-Plantagenêts,
duc de Normandie et d'Aquitaine, comte d'Anjou et roi d'Angleterre,
qui, vaincu à Azay-le-Rideau et fatigué des
incessantes batailles, vient mourir à Chinon. Ses fils
Richard et Jean en réchappent.
C'est donc Richard-Cur-de-Lion,
comte d'Anjou et de Touraine, et (conséquemment) roi d'Angleterre,
qui traitera avec la France et recueillera dans sa quasi-totalité
l'empire angevin.
Richard
fera la troisième croisade, prendra Saint-Jean-d'Acre et
fera la paix avec Saladin.
Il aura également conquis Chypre et Malte qui resteront
désormais latines.
Sitôt
sa situation rétablie en Angleterre où son frère
Jean avait profité de son absence pour convoiter le trône,
Richard parvient à détacher Louis, nouveau comte
de Blois, de l'alliance française. Il va infliger près
de Vendôme, à Fréteval,
une cuisante défaite à Philippe-Auguste, mais il
sera mortellement blessé quelques années plus tard
en Limousin.
Le
"Cur-de-Lion" sera inhumé auprès de son père,
en 1199, dans l'abbaye de Fontevrault,
en Touraine. Son frère, Jean-sans-Terre
renoncera au grand Anjou quelques années plus tard, en
1205 par le traité de Chinon.

*
La
paix retrouvée ramène une certaine prospérité,
et la prospérité matérielle n'est pas sans
conséquence sociale. Dans le monde rural, elle permet aux
communautés l'achat de libertés et entraîne
ainsi la quasi disparition du servage. Les derniers affranchissements
ont lieu vers 1240.
La grande masse des paysans n'est bientôt plus constituée
que de "vilains" libres. Ils vivent toujours dans le cadre de
seigneuries, mais leurs droits et devoirs sont fixés par
la coutume et par les accords qu'ils passent avec les seigneurs.
Le salariat rural progresse.
En
Val de Loire, des régisseurs installent des "closeries"
au milieu des vignobles et recrutent des ouvriers suivant des
conditions et garanties codifiées par les établissements.
Dans toutes les activités, on voit fleurir les corporations
de métiers : Sur la Loire, s'organise une "Corporation
des mariniers et marchands fréquentant la rivière
de Loire et les affluents d'icelle".
*
L'évêque
d'Orléans et seigneur de Meung, Manassès
de Seignelay, fait construire le
château fortifié pour avoir une résidence
plus spacieuse que l'ancienne tour accolée au clocher de
l'église, bâtie par son malheureux prédécesseur
Manassès de Garlande. Manassès de Seignelay est
évêque, et par conséquent n'est pas templier
lui-même, mais sa forteresse est bien dans l'esprit de l'époque.
Il fait aussi construire le premier pont de pierre à Meung,
facilitant ainsi le passage du fleuve et la sécurité
des échanges.
Dans
le même temps, l'école de Meung acquiert une réputation
internationale par la science du "dictamen" de Bernard
de Meung .
Guillaume
de Lorris compose les 4150 premiers vers du «
Roman de la Rose »
que complétera quelques années après Jean
de Meung, dit Chopinel,
en composant à son tour 18 000 vers. On peut dire que l'inspiration
civilisatrice souffle sur l'esprit des hommes de Loire...
*
Ailleurs
aussi, des choses se passent : Saint-François
d'Assise, en 1209, fait des
émules, ainsi que Saint-Dominique
(1206). Les deux ordres-mendiants vont à leur tour
prendre, peu à peu, leurs places dans l'Histoire.
Des
cathédrales, toutes dédiées à Nostre-Dame,
se rencontrent en de nombreuses régions de France ; Nostre-Dame
de Chartres a déjà près de cent ans,
les N.D. de Laon, de Paris, de Reims ont près d'un demi-siècle,
d'autres poussent un peu partout leurs tours vers le ciel.
Somme toute, c'est une période assez douce pour le Royaume
de France, et donc pour le Val de Loire. Mais le ciel n'est pas
bleu partout. Dans le sud de la France, montent les sinistres
fumées des bûchers allumés pour les albigeois
cathares
...
*
Louis
IX,
qu'on surnommera Saint-Louis est un
excellent souverain, qui sait
se faire aimer de son peuple et son règne restera marqué
par son grand sens de la justice à laquelle d'ailleurs
ses sujets n'hésitent pas à faire appel. Il rend
cette justice sous un chêne, à la manière
des arbitrages druidiques.
Très
proche du Temple par son style (il a une discipline de vie personnelle
assez austère) et prototype de la chevalerie française,
il accorde des franchises à un certain nombre de confraternités
comme les "Enfants de Salomon".
C'est
l'apogée de la France chrétienne, la foi est vive
et solide aux pays de Loire, et si l'inquisition a déjà
fait des ravages dans le midi, à l'aube de ce XIVe siècle,
l'Orléanais et la Touraine semblent en être encore
à l'abri.
Une
preuve s'il en est besoin, est que la découverte à
Cléry en 1280 d'une statue de la Vierge, et les miracles
(inévitables) qui s'ensuivent, engagent le seigneur du
lieu, Simon de Meulun,
à fonder aussitôt cinq prébendes canoniales
pour assurer des revenus à la chapelle où l'on a
installé la statue. Philippe le Bel en ajoutera cinq autres,
vingt-cinq ans plus tard, et la chapelle deviendra basilique .
*
Les
Templiers jouent un grand rôle dans l'économie. L'Ordre
du Temple s'enrichit de jour en jour
par les colossales entreprises de commerce qu'il maîtrise
et par les dons qu'il ne cesse de recevoir, dons qu'il emploie
d'ailleurs à construire des hospices pour les voyageurs,
ou des maladreries pour soigner les lépreux là où
l'Ordre hospitalier de Saint-Jean
n'est pas implanté, indépendamment de sa participation
probable au financement des cathédrales et de l'entretien
de ses milices qui continuent d'assurer la sécurité
des routes.
Parallèlement,
dans les ordres religieux qui avaient participé à
sa fondation, les abbayes bénédictines ou cisterciennes
voient, elles, leur activité diminuer. La grande époque
est bien finie des monastères bénédictins
et certains prieurés n'abritent plus qu'un seul moine.
Leur rôle est sans doute achevé. A la fin du XIIIe
Siècle, il n'y aura plus d'élèves à
Saint-Benoît-sur-Loire, hormis ceux de l'école de
chant.
Ces
vieilles fondations s'appauvrissent. Nombre d'entre elles avaient
fait donation de parts importantes de leurs patrimoines au Temple
(il est intéressant de se demander pourquoi elles avaient
ainsi parrainé un ordre nouveau qui risquait de rivaliser
les leurs, à moins qu'elles n'y aient vu un instrument
beaucoup plus efficace pour la civilisation ?...). Elles ne
reçoivent maintenant plus rien, et les abbés ou
évêques du clergé séculier et régulier
traditionnels se font plus âpres à défendre
leurs intérêts matériels en diminution constante.
Il en résultera bientôt le développement d'un
anticléricalisme chez les fidèles, alors que, à
l'inverse, les ordres de moines-mendiants s'enrichissent, et que
l'on verra bientôt des confesseurs franciscains ou dominicains
dans les allées du pouvoir... Avec eux pointe le spectre
de l'inquisition...
Déjà
de nombreux bûchers ont fait périr des milliers "d'hérétiques"
un peu partout en Europe, mais spécialement en France.
Les tribunaux écclésiastiques d'exception ravagent
les provinces du royaume. Dans le midi, dans le Jura, dans les
Causses, mais aussi sur les bords de la Loire et notamment à
La
Charité sur Loire, dont on peut mettre en doute la
justification de son nom à cette sombre époque,
avec Robert-le-Bougre,
inquisiteur véreux bien qu'ancien cathare lui-même. Ses
excès lui valent d'être dénoncé par
les évêques du diocèse, émus de tant
de violence. Ce qui ne l'empêche pas d'être nommé
trois ans plus tard grand inquisiteur de France et de faire brûler
encore des centaines de victimes.
Mais il n'est malheureusement pas le seul fanatique de son espèce
et nombre d'abus sont commis au nom de Dieu, voire des exactions
criminelles délibérées car le fanatisme n'était
pas seul à craindre... Ces flammes "purificatrices" offraient
l'avantage (paraît-il !) de permettre à leurs proies
de voir leurs âmes "rachetées" par Dieu. Mais dans
bien des cas, il y avait aussi d'autres choses que les âmes
qui étaient rachetées et par le diable cette fois
! : Les autorités inquisitoriales avaient tous pouvoirs,
de la persécution à la torture et à la condamnation,
mais surtout celui de la confiscation des biens des "hérétiques",
jusque et Y compris dans des procès posthumes ! On
imagine bien que quelques-uns ne s'en sont pas privés quand
on sait que jusqu'au tiers du produit des confiscations pouvait
revenir aux inquisiteurs. Dans ces conditions, on comprend mieux
l'acharnement déployé par certains "frères"
inquisiteurs, ainsi que les débordements et malversations
dont ont fait les frais leurs malheureuses victimes.
*
Le
Temple n'a jamais accepté de participer à aucune
de ces "croisades" contre les cathares, albigeois ou autres vaudois.
Il ne vit pas de pillage et n'a pas besoin des territoires promis
par l'Inquisition aux "croisés" de cette croisade
là. Il est pourtant devenu maintenant une puissance avec
laquelle il faut compter. Ses flottes contrôlent la Méditerranée,
l'argent circule à flot, les "commanderies"
abondent dans toutes les provinces. Dans la région, Gien,
Orléans, Azay-le-rideau, Villandry, le Mans ont les leurs,
mais il en existe bien d'autres, intermédiaires, qui servent
d'étapes.
On
peut estimer à environ 2000 en France le nombre de ces
domaines. Chaque commanderie en effet possède, cultive,
ou fait cultiver plusieurs "granges".
Un
rapide calcul laisse à penser que si chaque commanderie
gère 2000 "arpents" de terres labourables, prés,
bois, étangs, les domaines du Temple, rien qu'en France,
peuvent représenter plus ou moins deux millions d'hectares.
Avec l'adoption récente de la charrue moderne à
soc (rapportée elle aussi des croisades) retournant la
motte du sillon, progrès fantastique comparé à
la vieille araire en bois qui se contentait de griffer la surface,
toutes ces terres sont bien cultivées, et fort bien gérées.
Il n'est donc pas étonnant que pendant près de deux
siècles, il ne soit question que de fort peu de famines
en France...
Outre
ses commanderies, fermes, granges, entrepôts et hôtels,
le Temple possède dans toutes les grandes villes de nombreuses
maisons. Rien qu'à Paris, le quartier du Marais en entier
lui appartient, ainsi que la colline de Belleville, les vignes
de Montmartre, et la plus grande part du faubourg Saint-Jacques.
La même proportion est sans doute applicable dans toutes
les grandes villes de France.
Et
tout ceci est à l'abri de toute dîme, de toute taxe.
Mieux ! Certains dons qui ont été faits au Temple
consistant en "bénéfices" et dîmes diverses
sur les marchés, les tonlieux ou les églises, les
comptables du Temple sont devenus les plus performants et les
plus probes dans leur profession, et le pouvoir royal lui-même
a souvent délégué à un certain nombre
d'entre eux la charge de collecter les impôts royaux. Les
sommes perçues voyagent sous la responsabilité et
la surveillance des milices du Temple et sont reversées
au trésor royal par la maison du Temple à Paris.
C'est, de fait, une fonction de fermier général
que remplit le Temple.
La
disponibilité de telles quantités de numéraires
permet au Temple de se faire, à l'occasion, prêteur.
Il prête aux rois, aux évêques, aux grands
seigneurs, aux commerçants, aux particuliers même.
Et
cet Ordre n'est pas limité à la France, il est dans
toute l'Europe occidentale, de l'Angleterre (Richard-Cur-de-Lion
n'est-il pas rentré de Terre-Sainte sur un vaisseau du
Temple, sous l'habit des Templiers ?) à Chypre, de l'Espagne
à la Norvège (sauf en Europe de l'Est, où
l'empereur Frédéric de Hnstoffen
a parrainé un ordre dissident, les Chevaliers
Teutoniques, qui marquera l'Histoire
d'une autre manière...), et le commerce n'est pas seulement
interne aux frontières, il est international. On soupçonne
même les Templiers d'avoir exploité les mines d'argent
du Mexique près de deux siècles avant que Christophe
Colomb ne "découvrit" l'Amérique, avec ses trois
caravelles aux voiles frappées de la croix du Temple !
Plusieurs
faits pourraient corroborer cette audacieuse hypothèse
:
1°) On observe que les Templiers ont énormément
développé l'activité de La Rochelle, vers
où convergeaient nombre de grandes routes templières
terrestres. Il peut sembler étonnant pour un ordre tourné
vers les chemins de la Palestine, située à l'Est,
d'utiliser aussi intensément un port de l'Atlantique regardant
l'Ouest. Bien sûr, il en avait aussi sur la Méditerranée,
porte de l'Orient, et sur la mer du Nord pour l'Angleterre ou
l'Irlande, mais pourquoi La Rochelle et l'Atlantique ?
2°) Il faut savoir qu'à cette époque en Orient,
l'argent-métal valait beaucoup plus que l'or, au contraire
du marché monétaire de l'Occident. On sait aujourd'hui
que les mines d'argent du Mexique ont été exploitées
bien avant que les conquistadores ne les redécouvrissent.
Et ça n'était pas par les indiens qui n'accordaient
aucunement à ce métal la valeur que lui prètait
le vieux monde. Qui donc en avait tiré profit ? Si l'on
rapproche ce fait de l'augmentation importante d'argent-métal
changé contre de l'or en Orient à cette même
époque, on est en droit de se poser quelques questions
sur l'origine de ces sommes...
Toujours
est-il que l'Ordre du Temple est devenu riche et puissant, très
riche et très puissant, plus riche et plus puissant que
le royaume lui-même.
Comment
tout cela est-il arrivé ? Comment un ordre, dans lequel
la règle de non-possession personnelle est de rigueur pour
ses membres, peut-il devenir si riche et si puissant en moins
de deux siècles ?
Une question subsidiaire en apparence sans aucun rapport, sinon
l'époque : Comment une cathédrale gothique tient-elle
debout et pourquoi "chante-t-elle" si bien ?
Une
réponse commune aux deux questions s'impose : parce que
dans l'architecture gothique, la masse même du matériau
employé, par la taille et la disposition qui en est faite,
se trouve devenir son propre vecteur de poussée verticale
ou latérale nécessaire à l'élévation
et à la légèreté de l'ouvrage. Il
n'y a aucune pesanteur, toute la construction est dynamique, et
le matériau bandé, tendu comme une corde de guitare,
répond à la moindre sollicitation vibratoire...
A
l'inverse de la construction romane qui écrase par sa masse
statique, la géométrie employée dans la disposition
gothique de la matière a pour effet de diriger les
forces de pression vers le haut. C'est une uvre d'élévation
tant spirituelle que matérielle, la tension même
des voûtes de la construction participant à la négation
de leur propre masse, et répondant aux moindres vibrations
harmoniques développées par exemple et comme par
hasard, par les chants grégoriens...
La
construction de la société humaine est calquée
sur le modèle de pierre : toute partie de l'ensemble ne
peut participer à l'élévation du Tout que
dans la mesure où elle ne s'alourdit pas elle-même.
Moyennant quoi, le Tout croît beaucoup plus vite que ne
le ferait jamais la somme de ses parties, prises individuellement.
Naturellement,
ce système doit être exempt de prévarication
et de corruption. S'appliquant à la matière humaine,
il est donc peu vraisemblable de le trouver encore debout quelques
siècles plus tard. Pourtant, les cathédrales de
pierre, elles, seront encore là !...
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Cette
incroyable puissance du Temple fait de l'ombre à beaucoup
de gens, à commencer par le roi de France, Philippe
le Bel, roi assez peu économiste,
qui, pour alimenter sa politique dispendieuse, ira jusqu'à
altérer la monnaie. Il a même emprunté au
Temple de quoi assurer la dot de sa fille.
Le
pape Clément V
craint-il de voir lui échapper l'autorité spirituelle
de l'Église, s'il ne
contrôle plus le Temple, ou est-il d'une quelconque façon
contraint de faire comme lui commande Philippe qui l'a installé
à Avignon pour mieux le contrôler ?
Les évêques, qui sont pour la plupart des fils de
grands seigneurs, ne voient plus rentrer leurs "bénéfices"
d'abbayes, ils ne peuvent plus compter que sur les recettes d'églises.
Ainsi qu'on
le comprend, un certain nombre d'intérêts privés
convergent à l'encontre du puissant Temple...
Il
est en fait irréprochable sur le plan moral et civique,
mais il détient quelques secrets qui le rendent rétif
à l'obéissance. De plus il a maintenant une structure
et une puissance qui lui permettent d'agir au niveau européen
par-dessus la tête des princes... On va donc ébranler
ses bases par la calomnie et de fausses preuves montées
de toutes pièces, relatives à son côté
obscur, à ce qu'on ignore de son fonctionnement et notamment
de sa conception de la pratique religieuse. Avec tous ces
procès d'hérétiques, les spécialistes
de l'inquisition ont eu le temps de s'y entraîner !...
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