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a
première idée de la croisade pourrait avoir germé
près d'un siècle plus tôt, dans l'esprit fécond
de Sylvestre II, le pape de l'an 1000, celui qui avait imposé
la "trêve de Dieu" à tous les petits seigneurs qui
s'entre-battaient en toutes occasions et qui avaient posé
tant de problèmes à Robert-le-Pieux. Souvenons-nous
que Sa Sainteté Sylvestre II n'était autre que le
moine bénédictin Gerbert, que nous avons déjà
rencontré lorsqu'il n'était encore que le précepteur
du robertien Hugues Capet.
Nous
avons déjà dit que cet homme était sans doute
le plus érudit de son temps.
C'est peu que de le dire ainsi. Parrainé par un prince
d'Espagne, il avait été enseigné dans les
universités espagnoles, juives et arabes à cette
époque, de Tolède et de Cordoue.
Grand mathématicien et auteur d'un abaque, c'est lui qui
a probablement introduit en occident les chiffres arabes et l'algèbre.
Il était également astronome émérite,
et il inventa un astrolabe dont les sphères armillaires
rendaient compréhensible à ses élèves
le mouvement des astres. Un de ceux-ci, le moine Glaber, décrivit
une éclipse de lune démontrant ainsi qu'il connaissait
fort bien le système solaire, six siècles exactement
avant que l'église fasse brûler Giordano Bruno ou
abjurer Galilée, et près de dix siècles avant
que son lointain successeur, le pape actuel, Jean-Paul II, ne
reconnaisse comme "erreurs" ces inqualifiables bavures de l'obscurantisme.
Ce
pape Sylvestre II donc, théologien et savant chercheur,
serait, selon certains, à l'origine de cette "quête
du Graal" que le travail de préparation réalisé
pendant près d'un siècle par les bénédictins
va permettre à Urbain II de lancer. Grâce aux études
et aux formations professionnelles et disciplinaires enseignées
par les ordres bénédictins ou cisterciens, le haut
moyen-âge va voir l'éclosion d'une civilisation nouvelle.
Les musulmans ont su faire fleurir chez eux des arts nouveaux
et une philosophie étonnante. La chrétienté
à son tour va se surpasser dans tous les domaines. Mais
il semble qu'il soit nécessaire pour cela de retourner
à ses sources : Jérusalem. La terre sainte étant
sous contrôle musulman, il est donc indispensable de monter
une expédition. L'appel de l'Empereur Alexis de Constantinople
aux chrétiens d'Occident, pour aller secourir les chrétiens
d'Orient, en fournira l'occasion.
A
Clermont, en 1095, Urbain II appelle tous les barons et seigneurs
d'Occident à se croiser pour aller délivrer le tombeau
du Christ.
Excepté
le roi de France Philippe Ier, pour les raisons que l'on connaît,
nombre de dignitaires du royaume de France partiront l'année
suivante, tels que ; Robert Courteheuse de Normandie,
Raymond de Saint-Gilles
le toulousain, Hugues de Vermandois
(le propre frère du roi), Hugues de Payns,
et beaucoup d'autres, dont surtout Godefroy
de Bouillon, héritier indirect des carolingiens par
la maison de Basse- Lorraine, et ses deux frères ; Eustache
et Baudoin de Boulogne (qui
deviendra Baudoin Ier de Jérusalem), ainsi que leur cousin
Baudoin du Bourg, qui deviendra
comte d'Edesse avant que de succéder à ses
cousins. Mais n'allons pas trop vite...
*
La
première vague de croisés fut celle de Pierre l'Hermite
et de Gaultier-sans-avoir, constituée
à la va-vite de gueux et d'aventuriers sans vergogne qui
voyaient en la croisade une manière de fuir les difficultés
de la vie en Europe à cette époque. Les famines
régulières emportaient chaque année leur
lot de traine-misères, et depuis la "trève de Dieu"
décrétée par le pape, nombre de jeunes hobereaux
désuvrés ne savaient à quoi s'abattre.
L'appel d'Urbain à Clermont avait été pour
eux une opportunité inespérée de changer
leur vie et beaucoup se croisèrent dans la précipitation.
Ce fut donc une armée inexpérimentée et indisciplinée
qui partit la première, composée de traînent-la-faim qui
se firent décimer dès les premières batailles
aux environs de Constantinople par le sultan Kilidj Arslan. Les
vagues suivantes furent celles, germanique, d'Emmish de Leisingen,
et italienne, de Renato, qui finirent avant d'arriver au Bosphore,
décimées par les armées du roi Coloman de
Hongrie, après nombre d'exactions commises sur son territoire.
Avec
l'expédition préparée et organisée
par Godefroy de Bouillon commencent les choses sérieuses.
Arrivé sans encombres jusqu'à Constantinople où
l'avait précédé Hugues de Vermandois, Godefroy
se voit contraint de faire sa soumission à l'empereur d'Orient,
Alexis. Ce qu'il fait sans enthousiasme.
Sur les bords du Bosphore le rejoint l'armée de Bohémond
de Tarente, prince normand de
Sicile et descendant des vikings ayant pillé la Loire quelques
siècles auparavant, et son neveu Tancrède.
Bohémond jura à son tour fidélité
à l'empereur Alexis, dont la fille Anna Conmène
n'était pas insensible au charme du beau et grand viking.
Parralèllement à l'expédition de Godefroy
de Bouillon, une autre colonne était passée par
l'Italie et la Dalmatie, malgré quelques ennuis avec les
slaves, et le rejoignit au Bosphore fin avril 1097 : c'était
l'armée de Raimond Saint-Gilles, Comte de Toulouse et Marquis
de Provence, la troupe la plus importante de toutes.
Trois autres troupes suivirent selon un rythme plus mesuré.
Celle de Robert Courteheuse, duc de Normandie et fils de Guillaume
le Conquérant, et celles de ses apparentés, Etienne
de Blois, son beau-frère
époux de sa sur Adèle, et Robert de Flandre
son cousin.
Les
croisés n'étaient pas encore à pied d'uvre.
La plus grosse armée occidentale jamais réunie sur
ce côté de la Méditerrannée depuis
l'empire romain s'était mise en marche, mais Jérusalem
était à plus de mille kilomètres de là.
Il leur fallait d'abord conquérir la place forte de Nicée.
La ville tomba en quelques jours. C'était la première
victoire importante en Orient, et cette ville était la
clé du chemin de Jérusalem. Dans les steppes d'Anatolie,
le sultan Kilidj Arslan, qui n'avait
pas réussi à porter secours à ses compatriotes
assiégés de Nicée, les attendait. Mais l'homme,
qui croyait avoir affaire encore une fois à une troupe
de crève-la-faim comme l'armée de Pierre l'Hermite,
avait cette fois mal évalué la force de l'ennemi.
Il fut balayé par le choc des chevaliers en armure chargeant
comme un mur de blindés ses malheureux archers turcs...
*
Ce
n'est pas ici l'objet de raconter l'histoire des croisades. D'autres
l'ont fait avant nous avec talent. Il nous paraissait pourtant
important de situer les personnages qui vont y jouer un rôle,
soit pendant la conquête elle-même de l'Orient, soit
au cours des deux siècles qui vont suivre pendant lesquels
les "Francs" comme on les appellera là-bas, vont régner
sur le trône de Jérusalem
et d'un certain nombre d'autres régions du proche-Orient. Qu'il
nous soit donc permis de passer vite sur les péripéties
qui amenèrent enfin les croisés dans les murs de
Jérusalem, et de voir à partir de cet instant Qui
va y faire Quoi...
*
La
lutte a été rude, et c'est dans un véritable
bain de sang que les sarrasins ont combattu jusqu'au dernier carré
pour défendre la mosquée d'Al-Aksa, lieu saint s'il
en est, puisque bâtie sur l'emplacement du temple de Salomon.
Mais le 15 Juillet 1099, Jérusalem est conquise.
Godefroy
de Bouillon, acclamé par ses barons comme roi de Jérusalem,
refuse de porter une couronne royale là où le Christ
en porta une d'épines. Il prend le titre d'avoué
du Saint-Sépulcre et s'installe sur l'emplacement du temple
de Salomon.
Il ne fera apparemment pas détruire la mosquée puisque
celle-ci existera toujours 1000 ans plus tard, mais il garde les
lieux...
*
Vers
1104, Hugues de Blois,
comte de Blois et Champagne, se rend en Terre-Sainte accompagné
de Hugues de Payns, qui lui, y vient pour la seconde fois puisqu'il
avait fait partie de la 1ère croisade.
Tous
deux rentrent en Bourgogne quatre ans plus tard, ramenant avec
eux, entre autres choses, une fleur encore inconnue sur nos rives
de Loire, et qui prendra bientôt une valeur de symbole initiatique
(avant de se voir empoignée dans quelques siècles
comme sigle politique) : la Rose.
Mais ça n'est pas tout. Ils semblent avoir ramené
aussi des documents particulièrement intéressants
puisqu'ils prennent immédiatement contact avec Etienne
Harding, l'abbé de Citeaux, et
qu'Etienne met sur le champ tout son monastère à
l'étude minutieuse de mystérieux textes hébraïques,
se faisant même aider dans ce travail par des rabbins appelés
en renfort...
En
1115, Hugues de Blois, de retour d'un nouveau et court voyage
à Jérusalem comme s'il était allé
faire une simple vérification, offre à l'ordre de
Citeaux un territoire dans la forêt de Bar-sur-Aube pour
y fonder une abbaye. Etienne Harding désigne un jeune moine
nommé Bernard de Fontaine
pour la diriger. C'est le futur Saint-Bernard.
Saint-Bernard
n'est pas n'importe qui, on n'a pas choisi n'importe quel moine.
Il a été enseigné en l'église Saint-Vorles
de Châtillon-sur-Seine où la tradition prétend
qu'existe une vierge noire, et il est en rapport avec les sources
chrétiennes irlandaises et druidiques ainsi que le confirmera
le fait que son ami Meal O'Morgair (également connu sous
le nom de Saint-Malachie pour ses
célèbres prophéties), archevêque d'Armagh
en Irlande, vienne mourir entre ses bras. Bernard écrira
d'ailleurs sa biographie, c'est dire s'il le connaissait bien.
C'est
le même Bernard qui va véritablement lancer le culte
marial et le terme "Nostre-Dame" qu'on retrouvera bientôt
dans la dédicace de chaque cathédrale.
Il
part, accompagné lui aussi de douze compagnons soigneusement
sélectionnés, et s'installe dans la forêt
de Bar-sur-Aube. Cette fondation s'appellera Clairvaux et Bernard
va influencer toute la civilisation occidentale pour les siècles
à venir.
Bernard
parle aux rois, aux évêques et même au pape
avec une telle autorité que tout le monde plie devant lui
et le révère. Il dit : « Les affaires de Dieu
sont les miennes et rien de ce qui le regarde ne m'est étranger
! »
Le plus extraordinaire est que tout le monde l'admet. Il connaît
tout sur tout, c'est un thaumaturge exceptionnel et il reconnaît
lui-même que "Dieu l'a doué de puissances singulières"
!..
*
Le
temps pour eux de régler leurs affaires dans leurs fiefs
et, en 1118, neuf chevaliers "craignant Dieu " se présentent
au roi de Jérusalem, Baudoin (qui vient de succéder
à son frère Godefroy de Bouillon), déclarant
qu'ils viennent pour garder les routes de pèlerinage.
Baudoin
les reçoit en invités privilégiés
et fait spécialement dégager une partie de son palais
pour les loger, sur l'emplacement même des illustres ruines
du temple de Salomon. Ils déposent leurs vux entre
les mains du patriarche de Jérusalem, et, parce qu'ils
habitent au temple, on les appelle : "Les Chevaliers du Temple".
Pendant
dix ans, ils vont loger au temple où ils sont rejoints
en 1125 par Hugues de Blois (le même qui a fait don à
Bernard du domaine de Clairvaux dix ans plus tôt).
Qu'y
font-ils exactement ?
Comment
une poignée de dix hommes, fussent-ils braves autant qu'audacieux,
peut-elle prétendre assurer la garde des pèlerins,
alors que les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem sont déjà
organisés pour cela et sont tellement plus nombreux ? De
plus, ils en bougent peu de ce palais. Y aurait-il quelqu'autre
raison secrète pour que ces dix chevaliers résident
dix ans à l'emplacement du Temple de Salomon ? Chercheraient-ils
autre chose dans ces ruines antiques ?
Et
pourquoi Saint-Bernard qui ne prêchera à Vézelay
la deuxième croisade que sur ordre écrit du pape
et après avoir longtemps hésité, le fera-t-il
avec si peu d'empressement ? N'y aurait-il plus eu autant d'intérêt
à retourner en Palestine 22 ans plus tard ?
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