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deux siècles, en Irlande, dans cette Irlande qui n'avait
subi aucune invasion barbare ni occupation romaine, mais où
les druides avaient trouvé refuge 200 ans plus tôt,
le christianisme s'était développé dans des
conditions bien plus harmonieuses, fertilisant bien souvent de
son apport les bases celtiques très proches de son enseignement.
L'immortalité de l'âme faisait déjà
partie de la foi des celtes depuis des siècles et les notions
de trinité, de Dieu universel, de résurrection ou
de Fils de Dieu né d'une vierge n'auraient su choquer ces
peuples, qui d'ailleurs, attendaient du changement d'ère
astrologique un renouveau spirituel sur le plan humain. L'Irlande,
comme nombre d'autres pays celtiques, avait donc reçu l'évangélisation
avec beaucoup de facilité et il était né
de cette fusion harmonieuse un Christianisme "celtique" ou l'on
retrouvait, beaucoup plus que les traces d'un druidisme encore
très présent. Saint-Patrick y fonda très
tôt l'archevêché d'Armagh.
C'est
vers l'an 600, pendant que le pape envoie Saint-Augustin
évangéliser les Iles Britanniques, qu'un autre moine,
un abbé irlandais nommé Colomban
vient en Gaules pour fonder des monastères à
Anegay, Luxeuil,
Fontaine,
Iona, et bien
d'autres. Que signifiait ce chassé-croisé ? Et que
diable venait donc faire un moine irlandais sur des territoires
gallo-romains ? N'y avait-il pas suffisamment de religieux autochtones
pour fonder ces lieux de lumière ? Allez savoir !...
En tous cas, Colomban voyage énormément, visite
le Mont-Cassin, et va voir le Pape Grégoire, Grégoire
1er le Grand qui a accédé au trône pontifical
quelques années plus tôt.
Grégoire
est le premier pape bénédictin. Autant dire un savant,
mais surtout un homme curieux, pragmatique, ouvert à tout
ce qui peut faire avancer la civilisation et qui n'ignore pas
que les celtes et les druides ont derrière eux une longue
tradition de connaissance de la matière, de la pierre et
des forces de la nature, mais qu'ils ne servaient pas pour autant
de quelconque culte à des idoles comme le faisaient les
romains. Seuls les romains avaient des idoles. Les celtes avaient
des lieux sacrés, des grottes, des endroits marqués
par des arbres, par des pierres brutes non taillées ou
par des sources ou des puits. Ils y pratiquaient des rites visant
à une harmonie avec la nature et n'ayant rien à
voir avec l'idolâtrie.
Grégoire
dira d'ailleurs à ce sujet : «J'ai décidé
qu'il n'était pas à propos de détruire les
temples des dieux mais seulement leurs idoles».
Et l'on verra par la suite, comme l'avaient fait avant eux Saint-Martin,
Saint-Aignan ou Saint-Mesmin, les monastères chrétiens
et les abbayes s'installer systématiquement sur les lieux
de culte druidiques.
En
647, un nommé Léodebodus
(qui sera connu plus tard sous le nom de Saint-Liébault)
et quelques compagnons bénédictins arrivent à
Fleury-sur-Loire.
Au milieu d'une plaine immense, dans le voisinage immédiat
de la Loire qui la féconde fréquemment par ses inondations,
ils posent les fondements d'un monastère et de ce qui deviendra
l'abbaye célèbre dans le monde entier.
Léodebodus
a été abbé de Saint-Aignan d'Orléans.
Était-il passé par Meung ou par Micy ? Probablement.
Toujours est-il qu'il fait très rapidement au monastère
de Fleury une réputation telle que tous les grands
vont s'y intéresser.
L'abbé
de Fleury apprend en 672 que les corps de Saint-Benoît et
de sa sur, Sainte-Scholastique, sont toujours sous les ruines
de l'abbaye du Mont-Cassin, déserté après
le passage des Lombards. Il donne l'ordre au moine Aigulfe d'aller
les chercher et de les ramener à Fleury.
Les
précieuses reliques sont retrouvées et ramenées
sur les bords de la Loire. Se composent-elles des seules dépouilles
de Benoît et sa sur, ou également d'autres
inestimables trésors ? On ne saurait le dire avec certitude,
mais leur arrivée s'accompagne de miracles, de guérisons
et de prodiges qui attirent les foules et valent une célébrité
croissante à l'abbaye.
Après
Micy, Saint-Aignan d'Orléans, et Meung-sur-Loire, Saint-Benoît-sur-Loire
(puisque Fleury s'appellera désormais ainsi) devient le
monastère le plus actif de la région.
Indépendamment de l'enseignement religieux, les moines
inculquent à leurs élèves l'art de la rhétorique,
la grammaire, la théologie, les langues, les mathématiques,
les lettres, la calligraphie, le droit, la morale, etc...
Leurs écoles sont réputées dans tout le royaume
et chaque seigneur, chaque édile veut y faire étudier
ses enfants. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres,
et de l'éducation à la mise en pratique. L'atavisme
jouera encore son rôle avant que se lève une société
nouvelle...
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