Les Saintes-Maries-de-la-mer

ieu de pélerinage depuis des siècles pour les gitans et les gens du voyage en hommage à Sainte-Sarah (ou Sara) qu'ils considèrent de leur famille, de leur race, et qui était soi-disant une servante de l'escorte des Maries.
Heureusement que ces gens fervents ont gardé vivace le souvenir de ces évènements, car l'institution ecclésiastique n'en a fait cas que bien tard (à partir du XVe siècle) et de manière trop peu visible, pour ne pas dire à son corps défendant et malgré de sérieuses réticences... L'histoire est pourtant bien belle, et elle a été en grande partie confirmée par les fouilles entreprises depuis. Cette histoire, la voici :

Peu de temps après la crucifixion de Jésus en Palestine et les évènements qui s'y succédèrent, débarquent en un lieu appelé "oppidum Ra" un certain nombre de gens dont l'importance ne peut être soupçonnée à l'époque par les quelques pêcheurs et commerçants qui occupent ce bras du delta du Rhône. Pourtant, l'avenir montrera qu'au bout de ce bras du fleuve, il y avait la main de Dieu !

La Sainte-Famille est obligée de se mettre à l'abri des évènements qui se produisent en Palestine. Les soulèvements et les révoltes se succèdent et les disciples de Jésus sont de plus en plus inquiétés par les partisans des pouvoirs en place, sans doute davantage encore par l'établishment judaïque pharisien que par les représentants de Rome...

C'est donc en l'an 42 de notre ère qu'accoste une embarcation amenant plusieurs personnes venues chercher refuge en Gaules. Elles se nomment pour les principales d'entre elles : Marie-Jacobé, Marie-Salomé, Sara*, Lazare (le ressuscité) et Marthe sa femme, et Marie-Madeleine.

* (Qui était cette jeune fille mystérieuse nommée Sara et présentée comme leur servante ? On n'emmène pas sa "servante" dans une expédition aussi risquée pour un voyage sans retour aussi lointain. Il faut un lien bien plus fort - un lien familial par exemple - pour justifier qu'on emmène avec soi une enfant. C'est sur cette hypothèse que Dan Brown a imaginé son célèbre roman le "Da Vinci Code", et il n'a sans doute pas entièrement tort de supposer là une vérité cachée...)

Elles n'arrivent pas en pays inconnu. Il y a depuis déjà des lustres à "l'oppidum Ra" et dans les environs un certain nombre de leur concitoyens juifs. Cet "oppidum" est en effet une fortin, une forteresse érigée sur une ile formée entre deux bras du Rhône, et servant de port-refuge aux commerçants orientaux depuis des siècles. Les égyptiens, les phéniciens, puis les grecs, les romains et les juifs ont maintenu ainsi des comptoirs en bordure de Méditerranée, de préférence dans des iles, plus faciles à défendre face aux raids des pirates comme ceux des autochtones parfois un peu vifs... L'embouchure du Rhône étant un point d'accès stratégique pour le commerce vers l'intérieur des Gaules, il a de tous temps été ainsi colonisé par des marchands et donc aussi défendu. Il y a déjà là une petite colonie orientale lorsque débarquent ces refugiés  remarquables.

Par leur mode de vie et leur philosophie d'amour, ils ne tardent d'ailleurs pas à être remarqués, puis admirés et enfin révérés. Lazare finira évêque de Marseille. Les Maries feront chapelle localement et y élèveront elles-mêmes un lieu de culte.

Certains font de cette affaire un récit différent. Charles de Rostang (1700) en donne une version assez calme, contant qu'elles "se rendirent de Jérusalem à la mer, y montèrent sur un navire, et après un heureux voyage gagnèrent Marseille, ville célèbre où resta Lazare et dont il devint évêque."

Un autre chroniqueur, le pseudo Raban Maur (VIe siècle), décrit la chose ainsi :
"Poussés par le vent d'Est, ils quittèrent l'Asie, descendirent par la mer tyrrhénienne entre l'Europe et l'Afrique, en faisant divers détours. Ils laissèrent à droite la ville de Rome et toute l'Italie, ainsi que les Alpes qui, partant du golfe de Gênes et de la mer des Gaules, s'étendaient vers l'Orient... Enfin, ils abordèrent heureusement sur la droite dans la Viennoise, province des Gaules, auprès de la ville de Marseille, dans un endroit où le Rhône se jette dans la mer."

Si effectivement elles arrivèrent à Marseille, les voyageuses et leur compagnie passèrent par les escales de Carry, Croix-Sainte, et Fos, avant de s'arrêter à l'oppidum Ra, devenu escale officielle depuis Auguste.

Mais d'autres sources dramatisent la relation de ce voyage. Le bréviaire du diocèse d'Aix entre autres, au jour de la fête des saintes Marie-Jacobé et Marie-Salomé (le 25 mai), raconte la chose ainsi :
"Une courte persécution se produisit chez les juifs. Avec Marthe, Marie-Madeleine, Lazare, Maximin et beaucoup d'autres, les Saintes-Maries furent saisies et embarquées dans un navire sans voile ni rame. Les lancer vers la haute mer ainsi, c'était les vouer à un naufrage certain ; mais le navire, guidé par Dieu, aborda heureusement le rivage de la Provence."

Si le résultat est le même au bout du voyage, les conditions de départ sont nettement divergentes. Ici, ces gens ne sont pas partis de leur plein gré.

Quelle est la bonne version ? Difficile de le dire, mais Guesnay, dans sa "Vie de Sainte-Madeleine" (1657) nous donne une approche qui confirmerait la seconde, en apportant à la très ancienne tradition de la "procession de la plage" des Saintes-Maries-de-la-mer, dans une longue phrase, l'explication suivante :
"Au village des Trois-Maries, en Camargue, le peuple a coutûme le Jeudi-Saint, d'aller sur le bord de la mer et s'y prosterner à genoux, offrant ses prières à Dieu, non pour ceux qui sont sur la mer, car aux autres côtes de Provence et d'Italie, on aurait plus l'occasion de faire le semblable puisque la mer y est plus orageuse, mais cette dévotion toute particulière à ce village se pratique, à ce qu'on dit, par tradition et mémoire que la barque qui portait la Madeleine et le reste des disciples exposés par les juifs à la merci des ondes, sans rames, ni voiles, aborda vers un rocher, qui est à cette heure couvert de la mer, où ils dressèrent une chapelle à la Mère de Dieu que les chrétiens nommèrent après Notre-Dame de Ratis, c'est-à-dire Notre-Dame de la barque. Et devant la chapelle une croix de fer que les plongeurs qui se jettent dans la mer trouvent encore aujourd'hui toute entière et droite, à côté du rocher sur lequel était bâtie la chapelle."

De fait, c'est probablement là, à côté de Saint-Ferréol, que se trouvait l'oppidum Ra. La mer, en notre siècle encore, rejette de temps en temps sur le rivage des pierres de construction, des tuiles anciennes, des débris sculptés, des fragments de poteries ou des monnaies grecques, romaines, ou carthaginoises. Certains pêcheurs auraient même aperçu par mer calme des pierres tombales*. Il est évident que ce lieu était fort habité il y a deux millénaires, quand débarquèrent les membres de notre Sainte-Famille.

*(il y a 2000 ans, la mer était alors plus de deux mètres en-dessous du niveau actuel)

Probablement qu'un certain nombre d'enfants les accompagnaient, ainsi que des disciples.
Une autre tradition fait également parvenir en Languedoc Joseph d'Arimathie, ce qui est plausible puisque toute la famille de Béthanie* serait ainsi réunie, mais il est plus vraisemblable que ce dernier soit arrivé en Gaule séparément, probablement avant, dès 33 ou 34, et qu'il y ait préparé leur venue.

* beth-Annie = littéralement "la maison d'Annie", Ste Anne étant la grand-mère de Jésus. "Bethanie" n'est rien d'autre que la MAISON DE FAMILLE.
Cette observation basique en entraîne une autre : en effet, Anne étant la mère de Marie était la grand-mère de Jésus, mais elle était aussi... D'ORIGINE CELTE !
Sa vénération en Bretagne, à Ste-Anne-d'Auray, est très signifiante à ce propos.
Or, un certain nombre d'auteurs et pas des moindres attribuent la paternité de Jésus à un certain Judas de Gamala dit également "Judas-le-Gaulonite" ( c-a-d "Judas-le-Gaulois") qui fit parler de lui en tant que chef des insurgés qu'on appelait les zélotes, branche armée du mouvement de résistance à l'occupation romaine faisant pendant à la branche politico-religieuse d'obédience essenienne et dirigée par Jésus (le "sauveur", le Meshiah) qui rendrait au peuple juif sa fierté et sa liberté...
Cette hypothèse, parfaitement hérétique j'en conviens, donnerait à la famille de Jésus au moins UNE sinon DEUX bonnes raisons de se réfugier en Gaules, chez les "gentils" (du latin gentilis = "de bonne race" !... CQFD)

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